vendredi 27 janvier 2012

LES FOLLES JOURNÉES D'ANGERS

Non, il ne s'agit pas d'une manifestation décentralisée des célèbres événements musicaux de la métropole voisine. 
Cela aurait pu s'appeler au choix, journées des dupes, petits meurtres entre amis, trois hommes et un couffin, ou pour paraphraser un élu de l'opposition municipale, un génie, trois associés, et une cloche.
Il est vrai que depuis le mois de septembre, la vie municipale, si tranquille (?), fut fertile en péripéties politiques. On eut droit à la scène d'exposition avec tous ses effets de retardement, où la première adjointe d'alors fut petit à petit dépouillée de ses délégations, aussi bien à l'agglomération qu'à la ville pour finir reléguée au simple rang de conseillère et de retrouver, au moins spatialement dans la salle du conseil municipal, une place à peu près voisine de celle qu'elle occupa dans une vie antérieure où elle était alors dans l'opposition. Puis ce furent les différents actes, avec le nœud et le dénouement où à défaut de douceur et de béatitude, ce fut douleur, cris et fureurs, révélant au grand jour une majorité fragilisée, désunie, élisant un maire dont la désignation portera les stigmates de sa désignation.
Tout allait si bien à Angers, le tramway était inauguré, le maire pour la santé duquel on eût pu craindre un temps le pire avait repris les rênes. Les cérémonies des vœux rythmaient l'agenda municipal avec leurs lots de galettes et leurs flots parcimonieux de bulles et de jus d'orange. L'élection même d'une nouvelle première adjointe en la personne de Monique Ramognino, jusque là adjointe à la culture ne laissait pas craindre une fraction de seconde qu'elle voulût occuper le fauteuil central et l'écharpe y associée. On était venue la chercher, elle avait dit oui. Et la messe semblait dite. 
C'était sans compter la journée du vendredi 20 janvier, où tout le monde pouvait penser à tout ce à quoi on pense un vendredi, sauf à une crise politique qui allait éclipser toute l'actualité du week-end et de la semaine à suivre. Conseillers municipaux de la majorité mandés toutes affaires cessantes d'être présents le soir à la Mairie pour y choisir en conclave qui allait succéder au maire Jean-Claude Antonini dont on venait d'annoncer la démission. Presse locale menant alors tambour battant et avec une efficacité digne d'éloges le nécessaire travail d'investigation pour dévoiler aux yeux du peuple angevin le scénario qu'on avait écrit en catimini probablement durant la trêve des confiseurs, avec dit-on, le secours d'une agence de communication jusque là connue pour gérer et fort mal la communication d'un ex-candidat potentiel à la présidence de la république écarté de la course à l'Elysée pour de sérieuses raisons connues de tous. 
En d'autres temps, une manigance ourdie par un quarteron pouvait à l'extrême rigueur agir en catimini, être assurée sans le demander du silence de ceux qui pouvaient en avoir été témoins malgré eux. Mais il est une chose que l'on ne maîtrise pas, c'est la conscience des gens dignes. Celles que la réalité des choses de la vie n'a pas coupé des fondamentaux de l'honnêteté. 
Que le maire ait démissionné, on l'eût compris et admis par exemple comme c'eût pu être le cas un an plus tôt quand il faisait part des très sérieuses raisons de santé qui l'amenaient à s'éloigner pour un temps des servitudes quotidiennes de l'administration de la cité. On l'eût compris par exemple après l'inauguration du tramway ou en tout début de septembre la désignation d'un nouveau maire et d'une équipe d'adjoints remaniée aurait peut-être évité les péripéties de l'éviction de la première adjointe d'alors.
Habituellement, les conseils municipaux distillent un ennui mortel tant la rhétorique de prétoire, à quelques exceptions près, qui pouvait faire les délices et les charmes du débat politique autrefois semble avoir disparu. 
Mais hier, les amateurs de happening furent servis.
Ce fut le discours d'ouverture par le doyen d'âge où l'on passa des rillettes au chat noir, et où l'on à peine à croire que les élus de 1977 entrés à la mairie du seul fait de la désunion de la majorité sortante découvraient tout ou presque de la cuisine politique. Comme pour la religion, l'habit fait le moine, et la crosse l'évêque. Au moins avec les rillettes, si le nutritionnellement correct n'était pas encore l'horrible dictateur d'aujourd'hui, le produire et consommer local n'avait pas besoin d'éléments de langage et de campagnes de communications pour être mis en pratique. Mais c'était une époque que les moins de quarante ans ne connaissent pas où l'on pouvait prendre part à une réunion politique avec le quignon de pain acheté au boulanger du coin, le pot der rillettes acheté à la charcuterie voisine, et naturellement le verre d'Anjou rouge et la cigarette. Au moins on aura appris ce que tout le monde ne savait pas, le désormais ex-maire d'Angers ne goûte pas le foot, mais ne  semble pas porter chance à l'équipe locale lorsqu'il se déplace au vieux stade dont on croirait quand on le voit pour la première fois que c'est celui du plus crotté des chefs-lieux de canton. 
Puis ce furent les prises de paroles inattendues, la première à rompre le silence fut Sophie Briand-Boucher, adjointe du quartier Centre-Ville qui en deux temps trois mouvements passa de l'éloge au blâme pour clore sur le ton de la mercuriale et rendre au maire sortant la couleuvre qu'elle se refusait à avaler, laissant sur le plateau sa démission. Ce fut ensuite Philippe Markowicz, conseiller issu de la même formation politique que la précédente, qui imita le geste de sa consœur et quitta la salle du conseil.
On entendit également Jean-Luc Rotureau, qui désormais pour la gauche angevine, incarnera bon gré mal gré la génération sacrifiée tant par le maintien aux commandes d'une génération à l'heure de la retraite, que par l'impatience intrigante de loups aux dents longues rompus depuis longtemps aux décisions négociées semble-t-il dans des officines secrètes. A moins que le moment venu, il s'aperçoive qu'il serait mieux de partir du conseil pour y mieux revenir le moment venu. Mais il est aussi des calices qu'il faut boire jusqu'à la lie.
Cette gauche-là qui prétend tisser sa toile sur la ville par le gouvernement de cabinet suprême qui n'a pas son pareil pour tour à tour isoler le maire de son équipe, le flatter pour qu'il n'entende point la rumeur urbaine, pour le moment venu le mettre hors jeu n'est pas celle de Jean Monnier dont le silence doit avoir pour certains le goût indigeste de la réprobation. Elle n'est pas non plus celle que des vicissitudes qui les dépassent ont séparé de leurs frères siamois nourris jadis aux mêmes sources de la démocratie chrétienne.
L'opposition dans son rôle alors prit la parole, et ce fut un florilège d'indignation vertueuse où l'hommage - figure imposée - au maire sortant se trouvait assombri par la dénonciation d'un procédé dans laquelle les grandes théories sur la démocratie participative se trouvent bafouées par une pratique qui apparaît vraiment d'un autre âge.
Ce fut la tirade de Roseline Bienvenu appelant une autre pratique politique où l'on arrêterait de considérer les femmes comme des utilités pour servir de variable d'ajustement. 
Ce fut enfin Michelle Moreau, qui pour bien des Angevins incarne une vision apaisée de la politique, celle qui privilégie ce qui se fait et ce qui se vit à ce que l'on dit ou fait croire. 
Ce fut Laurent Gérault qui fit percevoir l'ampleur du travail du désormais nouveau maire : "une ville unie, rien ne lui résiste, il y a du travail...".
Ce fut Daniel Dimicoli dénonçant la violation du contrat passé avec les Angevins. Françoise Le Goff dénonçait à son tour la comédie du faux-semblant où dans les voeux de début d'année le maire annonçait son intention de rester en place jusqu'au terme de son mandat pour annoncer le contraire quelques jours après. 
Il y a bien quelque chose qui cloche à Angers. Ce jour-là, c'était le glas que l'on pouvait entendre. Le glas d'une certaine foi en la démocratie. C'était aussi la cloche fêlée, comme la confiance. 
Or, les successions de maire lorsqu'elles se passent ainsi avec pour toile de fond des querelles de personne au sein de la majorité qui révèlent aussi des divergences de fond sur les stratégies d'alliance laissent toujours des séquelles. Chacun se souvient comment à Marseille et dans quelle atmosphère de crise psychodramatique se régla la succession de Gaston Defferre. 
Or, à y bien réfléchir, il était parfaitement possible de redonner la parole au peuple, puisqu'il suffisait d'un tiers du conseil à démissionner pour provoquer dans les trois mois des élections municipales. A Angers, l'opposition compte quatorze élus, soit le maximum compte-tenu de la loi électorale. Était-il inconcevable que six ou sept élus de la majorité, avec un tant soit peu de panache, rejoints par une opposition qui n'avait rien à perdre à l'opération, remissent au préfet leur lettre de démission? 
Point besoin de je ne sais quelles primaires, encore moins de conclave ou de conjuration derrière les tentures, une élection municipale anticipée eût abouti du fait du choix des électeurs eux-mêmes à la désignation incontestable d'un nouveau maire. 
De cette farce qui s'est déroulée cette semaine à Angers, la démocratie ne sortira pas grandie. Encore une fois s'est trouvé validé le terrifiant constat selon lequel l'exercice du pouvoir engendre insidieusement une addiction qui petit à petit coupe ceux qui l'exercent des valeurs des vraies gens. La légalité est sauve, la légitimité l'est moins, et ce lien de confiance entre les élus de la municipalité au sens strict (maire, adjoints et conseillers de la majorité) ressemble actuellement plus au miroir terni, pour ne pas dire au miroir brisé. 
Angers, la cité que nous aimons tous, mérite infiniment mieux que cette pantomime dont le spectacle affligeant nous est infligé. La grandeur d'une ville ne s'acquiert pas au prix de coûteux éléments de langage et de dispendieuses campagnes de communication, elle se construit au quotidien. Tout au contraire, le si faible écart qui lors des élections municipales de 2008 sépara la majorité de la minorité devrait inciter la majorité à infiniment plus d'humilité et de modestie. Dans la mise en scène de ce théâtre d'ombres, nous avons cherché en vain l'une et l'autre.
Puissent aussi les Angevins se souvenir qu'à cette occasion ils avaient alors l'opportunité de se choisir un autre avenir pour Angers. 

mercredi 12 octobre 2011

LES PRIMAIRES DU PS, UN BIDE ABSOLU ?

Nous connaissions les OVNI, objets volants non identifiés. Nous découvrons depuis quelques semaines un OCNI, objet constitutionnel non identifié.
Nul n'ignore que cette année 2012 est celle de l'élection présidentielle. Peu de gens savent en revanche quelles sont les conditions que notre loi fondatrice, la Constitution du 4 octobre 1958, amendée par ses révisions successives, fixe pour cette élection.
Depuis 1962, la Constitution dispose que le Président de la République est élu au suffrage universel direct et que cette élection si aucun candidat n'obtient la majorité absolue au premier tour implique un second tour le deuxième dimanche qui suit auquel seuls sont en lice les deux candidats arrivés en tête au premier tour. Les lois organiques précisent les conditions requises pour être candidat à cette élection. Outre l'évidence nécessaire d'être de nationalité française, ces lois organiques précisent les conditions d'âge et de recevabilité des candidatures. Ainsi en vertu de la loi n° 76-528 modifiant la loi n° 62-1292, le droit de présenter des candidats à l'élection présidentielle revient aux élus. Et pour qu'un candidat soit autorisé à se présenter devant les électeurs, il doit  avoir recueilli sur son nom au moins cinq-cents signatures d'élus et présenter devant le conseil constitutionnel une déclaration de patrimoine.
Les élus qui peuvent présenter un candidat sont :

  • les députés et les sénateurs,
  • les maires (maires délégués des communes associées, maires des arrondissements de Lyon et de Marseille),
  • les membres élus de l'Assemblée des Français de l'étranger,
  • les présidents des organes délibérants des communautés urbaines, des communautés d'agglomération et des communautés de communes,
  • les conseillers généraux des départements, de Mayotte, de Saint-Pierre-et-Miquelon et du conseil de Paris,
  • les conseillers régionaux,
  • les membres élus de l'assemblée de Corse, de l'assemblée de la Polynésie française, du congrès et des assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie et de l'Assemblée territoriale de Wallis-et-Futuna,
  • le président de la Polynésie française et le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie,
  • les membres du Parlement européen élus en France et ressortissants français.

Le nombre de signataires potentiels est d'environ 45 000 personnes dont plus de 36 000 maires.
 
Ces parrainages doivent venir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents (les représentants des Français de l'étranger et des élus du Parlement européen étant comptabilisés dans deux départements fictifs à part entière), sans que plus d'un dixième d'entre eux soit issu du même département ou de la même collectivité d'outre-mer.
Source des données http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_en_France

Que les partis politiques dans le cadre de leur fonctionnement interne mettent en oeuvre pour leurs seuls adhérents des procédures de désignation démocratique est une chose, mais la mise en oeuvre de primaires par le Parti Socialiste crée un précédent juridiquement fâcheux, ce d'autant plus qu'elle implique l'utilisation des listes électorales officielles.
Aucun texte normatif ne fixe de cadre pour une consultation directe de citoyens dont au demeurant une part n'est pas électeur (jeunes de moins de 18 ans, étrangers) alors qu'elle a pour finalité de désigner le candidat d'un parti à l'élection présidentielle, alors qu'existe une procédure constitutionnelle qui garantit la représentativité des candidats présentés, sauf à prétendre que les élus chargés de présenter un candidat à l'élection présidentielle ne représentent rien. 
Que dans le cadre d'une campagne électorale les coordonnées des électeurs soient collectées pour l'envoi à domicile de documents émanant des candidats est une chose, que son utilisation ait été rendue possible en l'absence de toute disposition législative prévoyant un tel type de consultation est juridiquement dangereux et moralement contestable.
Un tel scrutin garantit-il le secret du vote ? La collecte d'argent à cette occasion soumettant la participation au versement d'un Euro minimum a quelque chose qui en est soi choquant, est-elle compatible avec les lois existantes qui encadrent très strictement les règles de financement des partis politiques? La signature d'une déclaration d'adhésion aux valeurs de la gauche n'est-elle pas une épée de Damoclès? Parce que chez  le sympathisant non membre du parti en question celui-ci peut estimer à bon droit que cet engagement est privé et ne se divulgue pas? Parce que le sympathisant ou le membre d'un parti concurrent ou adverse peut venir jouer le chien dans le jeu de quilles et potentiellement influer sur le résultat. Imagine-t-on un seul instant même si cela relève de la politique fiction que le candidat désigné ne doive en réalité sa désignation qu'à l'intervention massive d'électeurs du parti adverse.
Enfin, une telle élection même à bulletin secret force celui qui s'y déplace ou qui s'abstient à afficher de ce fait même une couleur politique. Cela ne risque-t-il pas écorner le devoir de réserve qui pèse sur certaines professions, qui ont le droit de vote lors des élections, mais qui en raison même de leurs fonctions doivent s'abstenir de toute délibération politique (administration préfectorale, chef des services déconcentrés des ministères, autorité judiciaire, militaires...)? 
Imagine-t-on l'usage qui pourrait-être fait de tels listings si précisément ceux-ci n'étaient pas détruits aussitôt la consultation effectuée. 


Le nouveau gouvernement, ou même l'actuel n'échapperont pas à la nécessaire clarification législative qui devra s'opérer. Soit, on pose que ce type de consultation contrevient aux libertés publiques en venant parasiter une procédure constitutionnelle existante, et dans ce cas, elle doivent être purement et simplement interdites. Soit on en tire les conséquences constitutionnelles qui s'imposent en modifiant soit la loi organique, soit la constitution, et s'agissant de l'élection du président de la république, la procédure du referendum s'imposerait. Mais comme pour le passage du septennat au quinquennat d'une part, et l'inversion du calendrier des législatives, on ouvre une boîte de pandore sans savoir ce qu'elle contient réellement. Proposer une telle modification de la constitution maintenant pour la prochaine présidentielle aurait aussi pour mérite de placer le sénat face à ses responsabilités. 

Les médias nous ont abreuvé pendant ces trois semaines d'un matraquage éhonté, au point d'en faire perdre le sens commun. 

Aujourd'hui, au lendemain d'un premier tour, est-il crédible de parler de succès démocratique quand une part infiniment infime de l'électorat s'est déplacé. Rapporté aux seuls 17 millions et quelques du précédent candidat de ce parti lors de la précédente élection présidentielle, cela laisse pantois et rêveur et il serait plus judicieux de parler de fiasco ou de parodie doublée d'une lucrative opération commerciale pour un parti qui aura pour seul avantage incontestable de ne pas avoir laissé de plumes dans l'affaire.

Cet OCNI constitue une étape supplémentaire dans l'américanisation de nos moeurs électorales et loin de constituer un progrès, il masque une régression inquiétante.
Le côté casting et combat d'images s'y aggrave, puisque outre l'éviction avant même le dépôt des candidatures d'un probable candidat - pour qui il ne se serait agi que de primaires de confirmation - pour des raisons d'ordre judiciaire et touchant à l'éthique personnelle et à l'adéquation entre comportement et valeurs que l'on prétend incarner, le scrutin en question renforce le brouillage avec l'inscription du candidat dans l'histoire. François Mitterrand s'est présenté deux fois sans succès à la magistrature suprême, en 1965, 1974, et 1981; Jacques Chirac également, en 1981, 1988 et 1995, au terme d'un cursus honorum qui rendait crédible l'exercice de telles fonctions.
Ségolène Royal se retrouve reléguée par un score humiliant qui apporte le désaveu cinglant du choix de 2007 et donne raison a posteriori à ceux qui - vox clamantis in deserto, voix de celui qui crie dans le désert - représentaient et objectaient que ce choix là n'était peut-être pas le plus idoine. Après la Madone de 2007, nous ressort-on à présent l'icône de la Mater Dolorosa? Et - cruelle ironie - la saga familiale et le soap opéra de 2007 connaissent un nouvel épisode inattendu, puisque Monsieur Ex, François Hollande, et la rivale du congrès de Reims sont les qualifiés de ce deuxième tour, et le troisième homme est évidemment l'objet de toutes les convoitises. À l'heure des primaires socialistes, l'Assemblée Nationale débat d'une proposition d'un député de droite d'instaurer l'encadrement militaire des jeunes délinquants, hommage du vice à la vertu et de la vertu au vice, c'est selon, mais politiquement c'est bien joué pour instiller le doute chez les électeurs potentiels de la dame de l'ordre juste.

Sérénade chez les chtis, ou banquet radsoc au cul des vaches en Corrèze, voilà le débat qu'on nous propose. Tout ça pour ça.

Or les élections présidentielles sont tout, sauf un combat d'images; ou plutôt ne devraient pas l'être. 
La politique ne sort pas grandie de ce barnum pseudo-électoral qui n'a de citoyen que le nom, comme si un parti manquait à ce point d'humilité pour s'imaginer seul et unique dépositaire des valeurs censées cimenter le socle commun du pacte civique français. 
Le monde des médias qui s'est prêté à cette mascarade, qui a contribué à l'aveuglement collectif de nos concitoyens ne sort pas grandi d'avoir une fois de plus eu la sotte prétention d'imposer le prêt à penser. En 2007, après avoir imposé la loi d'airain des sondages pour faire désigner Ségolène Royal, ce même microcosme médiatique dont les relations d'intimité avec les sphères financières et ceux qui se taillent la part du lion du gâteau politique ont imposé l'image délétère d'un premier tour inutile - nous parlons de la vraie élection - comme si en vertu d'un  droit divin d'un nouveau genre le deuxième tour ne devait opposer que la droite et la gauche, comme si l'alternative était illégitime ou suspecte. Aujourd'hui ce même monde médiatique, cet arrogant pandemonium sacrifie tel le fier Sicambre sur le bûcher des vanités l'idole naguère portée au pinacle. 

Autant de signes qui montrent que ce genre de consultation est un usage contraire aux moeurs et usages républicains de notre pays. 
Lorsque dans un parti politique, une personnalité a suffisamment de charisme, ce je ne sais quoi qui rend une candidature crédible, même au fil du temps, il n'est nul besoin de recourir à cette mascarade qui n'utilise que l'aspect extérieur d'une élection avec ses listes, ses émargements, ses isoloirs, ses urnes, mais trompe sciemment le citoyen sur son objet réel. 
Rapporté à l'étiage prévisible du score de deuxième tour d'un candidat de la gauche, le fait que 2,6 millions de personne inscrites sur les listes électorales se soient déplacés est loin d'en faire un tsunami rose, et encore moins un élan démocratique, sauf à vouloir en rajouter dans l'imposture en faisant une imposture de langage. 
Une consultation ciblant l'ensemble du corps électoral susceptible de voter lors d'une élection présidentielle et réalisant un tel score n'est pas un bon signe pour la démocratie. Si elle n'avait que pour unique objet de révéler ce que tout le monde sait, c'est-à-dire, la division entre la tendance gauchiste et la tendance sociale-démocrate d'un PS qui n'est pas en mesure de neutraliser la concurrence verte comme naguère le fit François Mitterrand avec les communistes, cela est parfaitement inutile. 
Qu'enfin à droite, on oublie à ce point la lettre et l'esprit de notre constitution pour se pâmer d'admiration devant ce simulacre est inquiétant. 
Dans ce concert de louanges devant les primaires à l'américaine on oublie juste l'essentiel. En Amérique, on est soit démocrate, soit républicain. Il n'y a pas de place pour la nuance, et l'élection se fait à un seul tour, non pas au suffrage universel mais sur le décompte de mandats de vote de grands électeurs dont la couleur politique est identifiée. 
En France, nous avons un premier tour qui permet justement cette expression des nuances, l'existence de formations refusant la logique bipolaire, et qui permet même, cela peut apparaître quelque peu baroque, à des groupuscules minoritaires de porter leur témoignage. Cela aussi, cela fait parti du génie français. 
Ne nous plaignons pas si demain on entend une nouvelle antienne médiatique proclamant urbi et orbi que la France est toujours en campagne électorale. Un président est à peine élu que l'on pense à sa succession. Et si les primaires devaient devenir un mode, elles rallongeraient d'autant la campagne électorale présidentielle se rajoutant aux effets collatéraux du passage au quinquennat qui raccourcit le temps politique français et qui politise de façon excessive et disproportionnée jusqu'aux débats municipaux où justement le quotidien des gens, ce qu'ils vivent vraiment justifierait que les étiquettes des partis restent à la porte de la salle du conseil municipal, ou même du conseil général ou régional. 






lundi 3 octobre 2011

UN PRÉSIDENT DE GAUCHE A LA TÊTE DU SÉNAT, UNE NOUVEAUTÉ ? PAS TANT QUE CELA ...

L'actualité de la semaine a remis sous les feux de la rampe médiatique la vénérable institution républicaine qu'est le Sénat.

L'élection attendue d'un président du Sénat appartenant au parti socialiste n'est pas une raison pour oublier l'histoire.

Que le vulgum pecus ignore l'histoire, passe encore, mais que les commentateurs politiques aient si peu de connaissances en histoire contemporaine est affligeant.

Déjà sous la Cinquième République, le Sénat fut présidé par un homme de gauche, Gaston Monnerville, pur produit de l'élitisme républicain. http://www.senat.fr/evenement/archives/D23/intro.html. L'on remarquera simplement qu'il était alors possible de naître à Cayenne et que cela ne conduisait pas à se heurter à un plafond de verre et n'empêchait pas de suivre le cursus honorum qui du barreau conduisait au plateau celui qui en avait les talents.

Gaston Monnerville



Il est aussi une figure dont le président nouvellement élu du Sénat aurait pu revendiquer le patronage, c'est Jules Jeanneney, qui présida le Sénat de 1932 à 1940 et fut l'un des ministres du général de Gaulle dans le gouvernement provisoire de septembre 1944 à novembre 1945. Lors de la débâcle de mai-juin 1940, il fut de ceux qui défendirent le départ des institutions de l'Etat en dehors de la France occupée, pour pouvoir continuer la lutte depuis Alger. Les événements tragiques et la pression des partisans de l'armistice ne le permirent pas. Après le vote de celui-ci, auquel il ne prit point part en sa qualité de président de l'Assemblée nationale (nom donné sous la troisième République à la Chambre des Députés et au Sénat lorsqu'ils étaient réunis soit à Versailles pour l'élection du président de la République, soit pour modifier les lois constitutionnelles sous la présidence du Président du Sénat), il ne cessa de défendre le maintien des assemblées s'opposant ainsi à Pierre Laval partisan de la mise en congé du Parlement. http://www.senat.fr/senateur-3eme-republique/jeanneney_jules1206r3.html .



Cet oubli de notre histoire contemporaine et des similitudes qu'elle présente par rapport à notre époque est préoccupante, car un pays qui oublie son histoire se laisse trop soumettre au primat de l'actualité et à l'arrogance infatuée des communicants de tout acabit dont on peut légitimement se demander à quelle date ils ont consulté pour la dernière fois un manuel d'histoire ou interrogé des bases de données documentaires sérieuses. 

mercredi 28 septembre 2011

SÉNATORIALES 2011, OU L’AMNÉSIE

Chacun connaît le résultat des élections sénatoriales intervenues dimanche 25 septembre. Mais la réalité oblige à deux commentaires lapidaires.

Non, ce n'est pas une vague rose, puisque le parti socialiste n'y a pas la majorité à lui tout seul, et même grossi de ses satellites avérés, l'écart qui sépare la gauche de la droite et du centre reste minime. 
Par ailleurs, si l'alternance relève ni plus ni moins que de la vie démocratique, y a-t-il lieu de se féliciter comme d'une nouveauté jamais vue que le Sénat soit à gauche ?
Il est faux de dire que depuis 1958 le Sénat était à droite. En effet, de 1958 à 1968, le Sénat était présidé par un homme de gauche, Gaston Monnerville, dont l'histoire a surtout retenu son opposition au Général de Gaulle lorsque celui-ci décida de faire adopter par referendum la modification de la constitution tendant à faire élire le Président de la République au suffrage universel.http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Monnerville
Dans les premiers temps de la Cinquième République, le Sénat n'était donc pas de droite, et il existait un courant suffisamment fort aux contours sans doute mouvants qui allait des socialistes au centre en passant par les radicaux. Et les gaullistes, s'ils disposaient à l'assemblée nationale d'une majorité plus ou moins importante, durent composer avec un Sénat hostile, dans le cadre d'une majorité de gouvernement où ils avaient pour alliés les Républicains Indépendants.

Ainsi en 1959 lors du premier renouvellement par tiers intervenu sous la cinquième république :
élections sénatoriales 1959
Source des données :
http://www.france-politique.fr/elections-senatoriales-1959.htm

Puis en 1962 :

élections sénatoriales 1962

Source des données : http://www.france-politique.fr/elections-senatoriales-1962.htm

Ensuite en 1965 :

élections sénatoriales 1965

Source : http://www.france-politique.fr/elections-senatoriales-1965.htm

Et enfin en 1968 :

élections sénatoriales 1968
Source : http://www.france-politique.fr/elections-senatoriales-1968.htm

Certes, le renouvellement triennal lissait évidemment les effets des élections municipales et cantonales et aussi législatives puisque les députés font partie du collège électoral des sénateurs du département qu'ils représentent à l'Assemblée Nationale. Ainsi, la marée gaulliste des élections législatives de juin 1968 n'a guère eu d'effet sur le renouvellement sénatorial de septembre.

Il est étonnant de voir la gauche d'aujourd'hui et ses relais médiatiques frappés d'une bien étrange amnésie. L'on peut dire qu'il s'agit d'une époque dont les témoins directs sont soit disparus, soit étaient bien trop jeunes à l'époque pour s'intéresser avec acuité à la chose politique et ses nuances. 
Qu'était exactement cette opposition sénatoriale ? Des alliances aux contours certainement mouvants, mais soucieuses des prérogatives sénatoriales, et sans doute hérissés par une certaine forme de personnalisation du pouvoir, incarné à tort ou à raison par de Gaulle, et l'arrivée en politique d'homines novi, d'hommes nouveaux, qui n'avaient pas connus les délices de la Troisième ou de la Quatrième République. Des alliances capables de trouver des points de convergence tant par refus des alliances avec les communistes pour les socialistes et les radicaux d'avant le Congrès d'Epinay que par rejet du gaullisme qui à leurs yeux présentait des relents de bonapartisme. Mais cela tenait aussi du mariage de la carpe et du lapin entre démocrates-chrétiens pour qui la conquête des voix passait par l'assistance à la messe et le maniement du goupillon aux sépultures et radicaux pour qui l'élection supposait l'entretien d'autres formes de sociabilité agraires pour les radicaux des champs et maçonniques pour ceux des villes. L'allergie à de Gaulle et/ou aux conditions de son retour au pouvoir tenant lieu de dénominateur commun. Et pour d'autres, le ciment de cette adhésion à l'opposition à de Gaulle était très probablement la nostalgie de l'Empire colonial, mais sans doute n'est-il pas politiquement correct de soulever ces tentures de l'Histoire.

Laurent de Boissieu http://www.ipolitique.fr/archive/2011/09/25/gauche-droite-presidence-senat.html nous rappelle judicieusement qu'il existait un centre d'opposition, le Centre Démocrate, auquel appartenait Alain Poher devenu président du Sénat en 1968, qui assura l’intérim des fonctions de Président de la République au lendemain de la démission du Général de Gaulle désavoué par les résultats du referendum sur la régionalisation et tendant à modifier largement le mode d'élection du sénat. Ce même Alain Poher affronta Georges Pompidou sous les couleurs de la droite non gaulliste, du centre, et des socialistes réfractaires alors à toute union avec les communistes.

Ce n'est donc qu'après 1974 et l'élection de Valéry Giscard d'Estaing que les Centristes achevèrent leur adhésion à la majorité présidentielle. Mais cela est une autre histoire.

Le Sénat d'entre 1958 et 1969 n'était pas de droite, et les composantes de la majorité présidentiellesdevaient nécessairement composer avec les autres. 

La présence de la gauche non communiste, des radicaux et des centristes dessinait alors une opposition aux contours mouvants, où les étiquettes importaient moins que l'habileté à la négociation et au compromis. L'élection à la présidence en raison même de la diversité des groupes interdisait la moindre oukase d'un groupe sur l'autre, mais induisait la recherche d'une personnalité la plus idoine sous le double critère de la dignité du cursus honorum et du zèle à représenter le Sénat et ses intérêts. 

Il est étonnant de constater l'étrange amnésie de la gauche actuelle sur cette période des premiers temps de la cinquième république. Cette gauche démocratique dont était issu Gaston Monnerville était aussi le groupe au sein duquel siégeait François Mitterrand en qualité de sénateur de la Nièvre entre 1959 et 1962.

Cette amnésie pose question. Le pire serait certainement qu'il s'agisse du refoulement  de racines politiques et idéologiques devenues encombrantes pour le parti socialiste et ses satellites d'aujourd'hui.



vendredi 11 février 2011

OÙ VA NOTRE JUSTICE ?

Notre démocratie est un bien précieux. Mais elle est une conquête fragile. Elle est le résultat de luttes, patientes et tenaces, parfois au prix du sang. Raison de plus pour l'estimer et la cultiver. 
Notre constitution repose sur le principe hérité de Montesquieu, celui de la séparation des pouvoirs. Elle est encore et toujours la meilleure garantie dont dispose le citoyen contre l'arbitraire. Encore faut-il que les institutions de notre République se respectent entre elles.


Il est rare de voir en dehors des prétoires robes rouges avec ou sans hermines, robes noires avec ou sans épitoges. Or pourtant c'est ce que les citoyens des villes de certaine importance pouvaient voir comme spectacle ce jeudi 10 février. 
L'on peut supposer que le monde de la magistrature n'est pas plus syndiqué que la moyenne des Français et des fonctionnaires, l'on peut supposer que tout l'éventail des opinions politiques démocratiques y est représenté. 
Il est rare dans une république de voir les magistrats sortir ès-qualités de leurs cours et de leurs tribunaux pour  porter publiquement dans la rue la mercuriale, jusqu'à la plus haute juridiction qu'est la Cour de Cassation. 
Les chefs de juridiction, y compris le parquet, pourtant hiérarchiquement rattaché au pouvoir exécutif, se font l'écho du malaise grandissant.


Dans l'éclosion d'une révolte, il y a certes une goutte d'eau qui fait déborder le vase, mais pour déborder il faut que le vase soit auparavant plein. 
Depuis dix ans que nous entendons les rodomontades sécuritaires qui ne manquent pas de naître de l'exploitation du moindre fait divers, que de lois empilées qui modifient les codes judiciaires, exposant ainsi les décisions, ordonnances, jugements et arrêts de ceux à qui la République a précisément confié l'exercice de cette noble fonction à une perpétuelle insécurité ! Lois Perben I, II, Loppsi, etc..., peines planchers, et aggravations des peines ont-elles chassé de nos cieux et de nos terres le fléau du crime?
Si tel était le cas, cela se saurait. Cela se devrait dire. Il n'y a pas si longtemps, la pusillanimité des sentiments ne voyait pas autre chose dans le maintien de la peine de mort dans notre code, quand bien même on ne l'appliquât point, que l'ultime instrument de la dissuasion. Sotte naïveté que de croire qu'à l'instant de commettre l'irréparable, la perspective de l'échafaud, du petit matin blême, et de la lame de la guillotine faisant passer le criminel de vie à trépas dans la clandestinité d'une cour de prison allait arrêter la main du criminel !
De temps à autres, dans les procès où se jouait la tête des accusés, les avocats généraux, pour peu qu'il leur restât un peu de culture et d'art oratoire, s'en prenaient aux romantiques de salon qui pensaient que la société s'honorerait en supprimant le châtiment suprême, leur reprochant pèle-mêle d'oublier les victimes, et s'efforçant de persuader jury et cour que seule la menace de la mort pouvait faire reculer les criminels, laquelle  menace n'avait pourtant point retenu la main homicide de celui dont pourtant ils réclamaient la tête. A cette rhétorique en répondait une autre, celle de l'avocat, d'autant plus persuasif que sa robe avait connu le baptême du sang, quand, prévenu par un appel du parquet général, il apprenait qu'il fallait qu'il laissât un numéro de téléphone où on le pouvait joindre à tout moment, s'attendant désormais à être appelé au milieu de la nuit, pour s'entendre mandé d'être à la prison à trois heures du matin.
C'est cette idée de la justice disposant du pouvoir de faire expier le crime dans le sang qui prévalut dans notre France jusqu'en 1981, où le courage d'un président élu qui avait posé cartes sur tables, conduisit notre pays à abolir la peine de mort en temps de paix. 
C'est au contraire cette autre idée de la justice renonçant à la loi du talion, qui récemment encore nous conduisit à déclarer que désormais la peine de mort n'était point conforme à notre constitution.

Quand aujourd'hui nous constatons qu'au plus haut niveau de l'Etat, on érige en norme l'exploitation populiste et malsaine du drame le plus horrible fût-il, au point d'avoir l'impudence de laisser croire que le crime pouvait résulter de la faute de la justice, l'on est tenté de se dire qu'heureusement qu'est passée l'époque où un garde des sceaux qui savait de quoi il parlait quand il vint demander aux députés et sénateurs d'abolir la peine de mort, car sinon aujourd'hui, si n'avait pas été aboli le châtiment suprême, celui-ci, quand bien même il n'eût pas été requis, serait certainement prononcé par des jurys nettement plus répressifs qu'il y a quarante ans, et peut-être appliqué...

Assurément, il eût été important qu'au plus haut niveau de l'Etat précisément on gardât raison. C'eût même été sage. Nul ne discutera l'abjection d'un crime horrible où le dépeçage du corps de la victime vient se rajouter à  l'horreur en soi révoltante du meurtre et du viol.
Mais appartenait-il à celui auquel notre Constitution assigne comme devoir de sa charge la garantie de l'indépendance de la Justice de stigmatiser une profession entière, de laisser croire que la commission d'un crime sordide pouvait résulter de la faute d'une institution, comme si, avec les meilleures garanties de suivi d'exécution des peines et des mesures post-sentencielles, l'on eût pu empêcher en toute heure du jour et de la nuit le criminel de perpétrer le sauvage assassinat d'une jeune fille?
Lorsque l'on a pris sciemment le risque de stigmatiser ainsi l'autorité judiciaire, il ne faut alors pas s'étonner que celle-ci, hiérarchie en tête, est-il besoin de le signaler, retrouve soudain les accents de la mercuriale, et adresse à la puissance exécutive la remontrance que hélas elle mérite.
Est-ce un honneur pour notre pays d'accorder à son autorité judiciaire des moyens inférieurs à ceux que lui accordent d'autres pays pourtant infiniment moins favorisés que le nôtre?
Loin d'avoir apporté la réponse adéquate à la criminalité et la délinquance qu'elle prétendait juguler, la multiplication des lois pénales a accru l'insécurité judiciaire, et partant contribué à l'illisibilité des jugements, faisant planer sur Thémis elle-même non point la saine crainte quand celle-ci naît du doute raisonnable, mais la crainte même de commettre l'erreur, paralysant ainsi son action, exposant presque sans cesser juges de tout niveau à douter même de la règle de droit qu'il convient d'appliquer.

Lorsque l'on prend soin d'examiner la décrépitude dans laquelle l'impéritie de nos gouvernants a enfermé l'autorité judiciaire, il ne faut pas s'étonner davantage de voir robes rouges et hermines, toges, épitoges et mortiers quitter les lambris et les ors de la grand' chambre pour battre le pavé.


Qui croirait que derrière la façade du palais séculaire de l'île de la cité, s'entassent greffiers et magistrats devant se contenter parfois d'obscurs réduits que l'on ne montre jamais pour y travailler à la rédaction de leurs écrits? Qui croirait que ce que l'on nomme dépôt ou geôles est présentement indigne d'une démocratie avancée? Qui croirait que - risquant de bafouer la jurisprudence européenne sur le droit au procès équitable - comparutions immédiates - du moins dans les tribunaux des ressorts les plus peuplés - conduisent les juges à siéger jusqu'à la nuit tombée, et reprendre le lendemain une nouvelle journée parfois dès potron-minet.
Naguère, il y a seulement moins de quarante ans, lorsque le garde des sceaux, ou le ministre de l'intérieur, quand survenait un crime capital, oubliaient leur devoir de réserve, séduits qu'ils pouvaient être par les pièges captieux des microphones et des caméras, le président de la république ne manquait pas au conseil des ministres qui suivait de rappeler, certes mezza voce, à ces mêmes ministres qu'il fallait qu'ils abstinssent de commenter une affaire en cours, précisément au nom de la séparation des pouvoirs, mais aujourd'hui, le poison du populisme semble s'être à ce point inoculé, que l'opinion publique elle-même ne perçoit plus qu'il est tout simplement obscène de voir ceux à qui la conscience de leur charge doit précisément inspirer de sains devoirs de modération, de justice et de retenue, entonner avec une singulière complaisance les antiennes les plus nauséabondes de l'idéologie sécuritaire.

Si l'on souhaite que notre République ne se coupe pas de manière irréfragable de ceux qui ont charge d'exercer l'autorité judiciaire, ce sont d'autres chemins qu'il faut emprunter, et ces chemins ne sont pas ceux du populisme qui consiste à exploiter de manière obscène, et disons-le, irrespectueuse de la décence pourtant due aux victimes et leurs familles, et à livrer ce faisant, par le prisme du pilori médiatique, l'institution judiciaire à l'opprobre et au blâme publics. Ces chemins de la nécessaire réconciliation de la République et de sa justice passent par l'arrêt de la gesticulation et de l'empilement des mesures et des lois. Commençons par tirer le bilan de toutes les lois empilées, de voir si le redécoupage de la carte judiciaire produit les effets que l'on en attendait, donnons simplement à l'institution telle qu'elle est les moyens humains et matériels dont elle a besoin avant de lancer des mesures à l'issue incertaine comme pourraient l'être l'introduction du jury populaire au tribunal correctionnel, la disparition du juge d'instruction, ou la tendance à copier servilement dans nos mœurs juridiques des traditions exogènes auxquelles répugne le génie français.   

mercredi 1 décembre 2010

Cette froide journée de 1er décembre 2010 aura sans doute quelque peu réfréné les ardeurs de qui aurait voulu profiter de la pause méridienne pour visiter la place du Ralliement débarassé des marteaux -piqueurs, engins d'excavation, barrières etc... 




Depuis quelque temps, les entreprises de travaux publics mettaient les bouchées doubles pour libérer la place pour le marché de Noël. C'est ainsi que les cabanons en bois, relégués l'année dernière jusqu'à la place de la Préfecture ont élu domicile sur la place du Ralliement, au pied d'un Sapin de Noël, seule touche végétale au milieu d'un environnement bien minéral, froid et gris. Le carrousel d'antan est revenu pour la joie des petits.


Sans doute est-ce là un autre effet de cette lubie qui consiste à croire qu'il suffit de slogans et d'éléments de langage pour que la ville se croie la capitale du développement durable. Un peu de vert, des arbres ne dépareraient pas sur cette place, désormais balafrée par la voie du tramway, qui transformera l'espace compris entre la station et le théâtre en un no man's land bien impersonnel. 



Les seules notes de nature à égayer sont apportées par le marché de Noël, le retour du manège de chevaux de bois style 1900, et pour seulement deux jours, par deux rames du tramway blanc et arc-en-ciel, conduites nuitamment par camion, pour essayer la partie de voie comprise entre le coeur de ville et la Roseraie.
Le passage du tramway par la place du Ralliement est à coup sûr un ratage: ratage architectural qui ne réussit pas à gommer l'aspect minéral des lieux, mais qui l'aggraverait plutôt, coupure de la place en deux par la voie ferrée, et surtout, le passage en voie unique rue de la Roë, source évidente de ralentissement, puisqu'il faudra bien que le tramway montant attende que celui qui descend ait libéré la voie unique. 



vendredi 12 novembre 2010

TRES CHER TRAMWAY

Mardi 10 novembre se tenait le conseil d'agglomération d'Angers Loire Métropole. Parmi les délibérations soumises au vote des édiles figuraient entre autres le vote d'une somme de 400000 € (somme arrondie) pour rémunération d'une prestation d'assistance et de conception des festivités d'inauguration de la Ligne Unique du Tramway Angevin. Après les consultations d'usages, une agence parisienne avait été retenue.
L'élément inattendu fut ce que l'on pourrait appeler un commencement de fronde des maires des communes suburbaines, obligées, appartenance à l'agglomération oblige, de financer un tramway dont elles ne verront jamais les couleurs dans leur territoire pour nombre d'entre elles, et trouvant sans doute un peu fort de café, cette prestation ne couvrant qu'une mission d'assistance. Ainsi donc, le premier vice-président de l'assemblée nationale, par ailleurs maire d'Avrillé, cherchait à savoir si à cette somme il convenait de rajouter les locations de barnum, les fournitures de petits fours, etc... comme il est d'usage en pareil cas. Laurent Gérault, porte-parole de l'opposition angevine, suggérait l'idée que l'inauguration fût associée aux accroches-coeurs prévus pour le mois de septembre, comprenant mal qu'en période de crise économique qui frappe en premier les plus pauvres de nos concitoyens, une agglomération s'apprête à la fois à dilapider 400000 € pour une prestation de communication, et à voter, dit-on, un impôt sur les ménages... Toujours dans le même registre, Michelle Moreau, ancienne adjointe centriste de l'ancien maire Jean Monnier, désormais représentante de l'opposition, suggérait que l'on envisageât de confier cette action de communication à des étudiants, ce qui aurait le double mérite de faire travailler ceux-ci sur un vrai événement, de concevoir une vraie action de communication, et de ne pas plomber les finances de l'agglomération.
C'est alors que plusieurs maires des communes périphériques faisaient part de leur intention de voter contre cette délibération, arguant peu ou prou des mêmes motifs.
Cette délibération, présentée initialement par la vice-présidente en charge des déplacements, n'avait visiblement pas l'heur de plaire aux édiles.
Crainte de ne pas avoir de majorité suffisante, perception en séance de ce que la délibération était inopportune, celle-ci était en tout cas retirée in extremis de l'ordre du jour.
Le lendemain, les articles de la presse régionale reprenaient cette clôture inattendue de la séance du conseil d'agglomération, et enfonçaient à nouveau le clou sur ce qui commence à être un secret de polichinelle: la mise en place d'un nouvel impôt, dans l'agglomération d'Angers Loire Métropole, frappant directement les ménages. http://www.angers.maville.com/actu/actudet_-L-inauguration-du-tram-retoquee-au-conseil-d-agglo_loc-1583994_actu.Htm
En ces temps de crise économique, ne serait-il pas temps que les édiles locaux en finissent avec l'idée selon laquelle plus les dépenses de communications sont chères, meilleure est l'effet sur l'opinion. En ce domaine là, une saine sobriété ne s'impose-t-elle pas, et est-il besoin de dire que le moyen de transport induira son usage, par le fait même de le voir passer dans les rues. Ne peut-on pas imaginer non plus une inauguration à moindres frais?